La première fois que j’ai été deux

Bertrand Jullien-Nogarède

 

9782081432420Carte d’identité du roman :

-L’auteur : Bertrand Jullien-Nogarède a été bassiste dans un groupe de rock, c’est le moment où il a commencé à écrire ses premières chansons. Par la suite il a écrit des textes pour des artistes français et canadiens. Il a reçu le prix SOCAN de la meilleure chanson de l’année à Montréal en 2007. Il a enseigné la littérature au lycée et l’histoire des idées à l’université. L’écriture a toujours fait partie de sa vie. La première fois que j’ai été deux est son premier roman. Il vit désormais dans le sud de la France.

-Maison d’édition : Flammarion

-Collection : Grand Format Jeunesse

-Date de parution : 6 Juin 2018

-Format du livre : Broché (145x220 mm)

-Nombre de pages : 352

-Prix du livre : 14 euros (9,99 euros en e-book)

-A partir de  13 ans

 

 

 

Résumé 4e de couverture :

 

«Le scooter de Tom nous emporta loin du monde. Mes bras entouraient sa taille et je laissai ma tête reposer doucement sur son épaule. Je ne crois pas avoir été plus heureuse qu’à cet instant. Juste une fille comme les autres. Il avait suffi qu’un anglais à cravate surgisse de nulle part pour que mes pieds ne touchent plus le macadam. J’étais vraiment folle amoureuse. »

 

Mon avis :

 

Tout d’abord, je remercie l’auteur et la maison d’édition pour l’envoi de ce roman. Ce fut une très belle découverte et c’était un réel plaisir de le lire.

 

Ce fut une lecture toute en douceur que j’ai réellement apprécié. Parfois, il y a des livres qui vous prennent aux tripes et dont on ne peut plus se détacher, qui stressent et qui nous envoûtent.

Ici, ce n’était pas le cas. J’avais plutôt l’impression d’entrer dans une bulle à chaque moment de lecture et c’était donc très agréable. Comme si je me retrouvais assise sur un petit coussin de nuages. Ce n’était pas une lecture transcendante, mais plutôt une lecture apaisante. Et cela fait réellement du bien.

En effet, parfois on aime être plongé dans la lecture comme si c’était vrai, comme si on était réellement le personnage. Là, j’ai aimé ressentir la frontière avec l’histoire, entre l’imaginaire et le réel.

En cours de littérature, j’ai appris qu’il y avait trois types de lecteurs, qui sont énoncés par Vincent Jouve dans son ouvrage L’effet personnage dans le roman. Le « lectant », c’est la part en nous qui a conscience que l’œuvre que nous sommes en train de lire est une construction. Le « lectant » est la part de nous qui imagine l’auteur derrière son texte, un peu comme un bâtisseur, un architecte. Le « lisant » c’est la part en nous qui se laisse piéger par l’illusion, qui croit en ce qu’on lui raconte. C’est la part qui va s’identifier aux personnages. Le « lu » est la part qui trouve à satisfaire dans la lecture des pulsions inconscientes. C’est la part qui aime les scènes de violence ou d’amour par exemple, ce qui permet d’assouvir ou de réaliser des pulsions qu’on ne peut réaliser dans la vie quotidienne. Là, le lecteur ne se contente pas de s’identifier au personnage mais vit par procuration ce qu’il vit.

Ainsi, j’ai donc vraiment été une pure « lectante », mais cela n’est pas négatif du tout. J’ai aimé « observer » la façon dont l’auteur avait construit son livre et me laisser emporter dans son histoire que de temps en temps. J’ai été attentive à sa formulation des phrases, aux répliques qu’il a donné aux personnages, à la manière dont il a amené les choses, les événements, et c’est cela qui m’a plu.

Parfois, prendre de la distance permet de mieux apprécier le récit.

 

J’ai énormément aimé la qualité des personnages, leurs dialogues aux répliques cinglantes. L’humour se retrouve de nombreuse fois et les personnages font des référence drôles soit sur la vie réelle soit sur ce qui a été dit auparavant.

 

Par ailleurs, j’ai aimé le fait que les personnages soient nés en 1998 tout comme moi, cela m’a permis un petit rapprochement et je pouvais m’imaginer à mes 17/18 ans comme eux.

 

Cette histoire est jeunesse par son histoire d’amour toute mignonne, mais elle se complexifie par la qualité de réflexion des personnages qui est très adulte. On oscille donc entre des personnages enfants et des personnages matures. Ce qui est bien propre à l’âge des personnages. On retrouve clairement dans la pensée des personnages la philosophie de l’auteur. Les problèmes réels du quotidien sont évoqués sans tabou, et cette petite légèreté aide à faire face.

Le suicide, la dépression, sont des thèmes assez récurrents ces derniers temps dans les séries télé, les romans (13 reasons why par exemple). Je pense qu’il s’agit de thèmes qui sont de plus en plus évoqués car il est enfin accepté de parler de ce qui est tabou et qui touche énormément de monde. Et justement, la sérénité avec laquelle cela est évoqué dans le livre fait du bien. Il n’y a pas de gravité derrière l’évocation du suicide et de la dépression, mais cette évocation est bien là quand-même. Ce qui donne une réelle prise de conscience sur la façon d’aborder les choses.

 

Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la playlist qui a été créée et qui m’a, du coup, accompagnée pendant ma lecture. Tout d’abord, les personnages nous emportent dans un monde culturel musical du rock anglais et c’est génial. Et en plus, l’auteur a regroupé la playlist de Karen, notre personnage principal, en annexe, et Flammarion a publié la playlist sur YouTube. Une très bonne initiative, et j’ai donc découvert des musiques que je ne connaissais pas, que j’adore à présent écouter.

Je trouve sincèrement que d’avoir des petits goodies, comme le poster de « Londres de Karen et Tom », et des accompagnements comme la musique, permettent de faire une lecture plus active et cela est vraiment très agréable.

 

Il m’est arrivée d’être un peu parfois perdue dans la timeline du roman, sans indication précise sur la durée des événements et le moment de la période scolaire, mais cela ne m’a pas dérangé plus que ça. Puis, l’écriture du journal intime est arrivée et avec les dates, cela m’a permis de m’y retrouver un peu plus.

 

J’ai d’ailleurs beaucoup aimé cette partie « journal intime », si au début je me suis dit qu’elle ne différait pas trop de la narration habituelle car le narrateur est lui-même personnage, le journal permet en fait à Karen d’écrire ses émotions sur le moment-même, ou presque, où elle a vécut les événements, et cela donne une vision autre. L’échange épistolaire entre Karen et Tom était également super intéressant. Il est vrai que j’adore les romans épistolaires, alors le fait de retranscrire les mails m’a beaucoup plu. C’était très romantique.

 

Ce que j’ai un peu moins aimé, ce sont les nombreuses répétitions sur le dilemme de Karen face à son amour impossible pour Tom. Sans arrêt elle disait qu’elle était amoureuse, puis faisait part de son appréhension sur l’avenir. Une fois, deux fois, j’ai trouvé qu’ensuite c’était un peu trop et qu’on avait bien compris ; que de le répéter encore et encore ne faisait guère avancer l’histoire. C’était un peu trop mièvre à mon goût et j’avais l’impression que c’était comme si on me disait, « tu n’as pas compris alors je te le répète encore une fois ».

Un peu comme les répétitions un peu trop forcées sur le caractère du personnage Mélanie et des émotions des autres. A force de répéter à ce point, cela donne un côté un peu lourd et on peut aussi avoir une mauvaise image du personnage. Mais peut-être était-ce là l’intention de l’auteur.

Mais en bref, c’est la seule chose qui m’a un peu dérangée.

 

Encore une fois, un passage m’a particulièrement frappée, où Karen fait part d’une analyse philosophique de la société dans laquelle nous vivons, avec « l’hyper-consommation des sentiments » et j’ai trouvé ça bluffant. Restant toujours dans mon rôle de lecteur « lectant », sachant que c’est l’auteur qui est derrière ces paroles, j’ai été admirative de sa pensée si bien retranscrite et tellement juste.

 

Je m’attendais déjà à l’événement crucial qui allait se produire à la fin du roman, bien qu’un peu cliché, j’ai aimé la façon dont cela a été raconté. Et il ne faut pas oublier que le roman s’adresse un public jeune. Un public qui a besoin de choses un peu cliché pour en comprendre la réel ampleur. Un public qui doit aussi être averti, ce que réussit à faire très subtilement l’auteur tout au long du roman : dépression, suicide, amour, séparation, sexualité, drogue, alcool, mort ; tous ces thèmes sont évoqués de manière très subtile, et encore une fois, avec beaucoup de légèreté.

J’ai aimé la fougue de vie de Karen à toute épreuve, cette belle leçon de vie qu’elle nous a donné.

J’adore ce challenge de l’amour que s’imposent Karen et Tom. C’est très romantique.

 

Si le roman se suffit à lui-même, ce serait aussi avec plaisir de lire une petite suite, 8 ans plus tard...

 

La première fois que j'ai été deux