Je souhaite vous partager ce que nous faisons à l'université, dans l'étude de la Stylistique.

Notre professeur nous a demandé d'écrire un texte en s'inspirtant de la célèbre photographie de Doisneau, Le Baiser de l'Hôtel de ville. Il faut écrire un incipit romanesque en intégrant une mise en place de la fiction, un passage descriptif et deux formes de discours rapportés.

Je vous fait part du texte que j'ai réalisé et je vous invite à me partager vos textes s'inspirant de cette photographie en commentaire, bien sûr vous n'êtes pas obligés de suivre les contraintes. C'est juste une histoire du plaisir de partager :)

Bonne lecture et bonne écriture !

Le baiser de l'Hôtel de ville

 

 

Lorsqu'on entrait dans la pièce, on pouvait encore sentir son odeur douce et épicée. Son parfum embaumait encore cette petite biliothèque où elle y passait des journées entières, comme si elle était là. D'un vieux tourne-disques, coulait une calme mélodie et on avait la sensation de pouvoir entendre sa voix fredonner sur cet air reposant.

Emy, qui était assise dans le vieux fauteuil inconfortable de sa mère, fermait les yeux et se laissait emporter par ses souvenirs d'enfance. Elle se revoyait, du haut de ses 8ans, assise sur ce fauteuil, mais entre elle et lui, les genoux de sa mère. Elle aimait se blottir dans ses bras qui paraissaient si grands qu'ils pouvaient faire deux fois le tour de son petit corps. Les genoux de maman étaient bien plus confortables que le fauteuil. Et alors même qu'ils étaient dévenus fébriles et fatiguées, Emy grandissant, elle s'y posait délicatement sans mettre tout son poids. Elle se rappelait ses moments de chagrin où elle venait pleurer au creux du cou de sa mère. Celle-ci lui caressait les cheveux doucement, et pour lui faire sécher ses larmes, elle sortait cette photographie toute abîmée. Elle lui racontait son histoire et Emy, de ses grands yeux mouillés, la regardait avec admiration. Cet homme-là, sur la photo, qui embrassait tendrement sa mère, n'était pas son père mais le premier amour de la belle jeune femme. « Il était le premier pour qui j'aurais tout donné. » lui disait-elle avec mélancolie. Emy savait qu'elle n'avait jamais cessé de l'aimer.

La tête enivrée de souvenirs, elle ouvrit alors les yeux et se leva soudainement. Elle marcha d'un pas léger et hésitant jusque devant le bureau qui renfermait cette photographie. Elle ouvrit le tiroir poussiéreux et, d'une délicatesse surprenante, prit la photo entre ses longs doigts fins. 1950 était écrit au crayon de papier à l'arrière. Une larme ne put s'empêcher de couler sur la joue d'Emy, rosie par la chaleur de la pièce et par l'effluve d'émotions qui la submerga d'un coup. Une envie folle de déchirer cette photographie. Elle savait que c'était à cause de cet homme que sa mère n'avait jamais pu réellement aimer son père. Elle n'avait pas pu avoir une vie de famille emplie de tendresse et d'amour car ses deux parents avaient toujours eu une relation conflictuelle. Elle regardait cette photographie avec de plus en plus d'amertume. Puis, elle se ravisa, se disant que sa mère avait toujours eu quelque chose à lui raconter. Elle avait vécut une jeunesse pleine de rebondissements. Elle était maintenant partie, semblait-il heureuse.

Emy, elle, n'avait rien. A bientôt 50 ans, elle n'avait pas connu l'aventure. Sa petite vie était bien rangée. Elle avait un conjoint pour qui elle avait beaucoup d'affection et une petite fille adorable pour qui elle donnerait tout. Mais jamais elle n'avait connu d'aventures qui pourraient la faire frémir en se les remémorant. Et quand sa fille lui demandait qu'elle raconte ses histoires de jeunesse, elle se sentait bien triste de ne pas savoir quoi lui dire.

Elle voulait pouvoir raconter des choses, elle voulait pouvoir avoir la sensation d'être quelqu'un qui avait vécu. Elle voulait vivre avec folie, danser avec ivresse, voyager et partir sans condition. Elle voulait qu'on l'embrasse avec fougue sur la place de l'Hôtel de ville...!