Chers lecteurs, bonjour à tous :D !

J'ai décidé, suite à un cours que j'aime beaucoup à l'université: Atelier d'écriture, de vous partager les écrits que je fais chaque semaine.

Les séances et les écrits varient beaucoup et c'est pour cela que je trouve que c'est si intéressant.

Bien entendu, le but est de partager mes écrits mais ce que j'aimerais le plus c'est que suite à la lecture, vous vous preniez au jeu et que par commentaire, vous aussi vous participiez à ces ateliers d'écriture, dans la mesure du plaisir bien évidemment :D

Je vous souhaite une belle découverte.

 

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Séance 7: Texte à partir d'une photographie de Sebstiao Salgado - Champ de pétrole, Greater Nurgan, Koweit , 1991

 

Ce jour-là, il faisait gris et le ciel pleurait. Me précipitant par peur d'être en retard, je sortis sans mon parapluie qui avait bien de la chance de rester au chaud.

Je savais que j'allais enfin le revoir. Lui, qui m'avait tant manqué, après toutes ces années.

Je marchais d'un pas pressé. Au milieu d'une foule grouillante et informe, j'étais seule et trempée. Mon tee-shirt rouge était collé à ma peau et mes cheveux dégoulinaient. J'avais froid. Mais je ne pensais qu'à une seule chose: le revoir. Prendre ses mains douces et chaudes qui m'avaient tant bercé.

Tout en courant dans la rue, je me souvenais de la rugosité de ses mains viriles de travailleur acharné, qui étaient pourtant si douces avec moi. J'aimais me glisser au creux de celles-ci et constater que mes doigts étaient dix fois trops petits. J'adorais toucher le bout de ses doigts un à un et jouer avec lorsque j'étais assise sur ses genoux. Signe de protection et d'amour, je me souvenais de ses mains comme seule trace qu'il m'avait laissé pendant toutes ces années d'absence.

Je courais comme si je n'avais pas le temps et qu'il allait m'échapper. Encore. Comme s'il allait repartir sans jamais revenir. J'avais peur. Mon coeur battait de toutes ses forces.

Soudain, je m'arrêtai net. Il était là. A quelques mètres de moi, semblant chercher où il devait aller.

Les larmes roulèrent alors sur mes joues et je me sentais toute petite dans cette foule immonde.

Les larmes, mes larmes, coulaient et je restais là, immobile, comme figée dans le temps.

Il se rapprochait petit à petit et j'avais l'impression d'entendre ses pas puissants jusque dans mes oreilles. Ce bruit semblait être comme un résonnance insoutenable de mon coeurs qui battait à tout rompre.

Les yeux embués de larmes, je n'arrivais pas à distinguer les traits de son visage. Avait-il tant changé? Il semblait m'avoir enfin aperçu et son pas se faisait plus rapide. Il paraissait plus maigre qu'il ne l'avait jamais été. Sans parapluie, il était tout aussi trempé que moi et il était difficile de distinguer si c'était de la pluie ou des larmes qui roulaient sur son visage.

Lorsqu'il fut assez près, je pu voir son expression tendue.

D'un seul pas, j'avançais. Et nous nous regardions dans les yeux. Mon coeur battait si vite.

Et quand enfin j'eus le courage de parler, je lui dis doucement:

«Donne-moi tes mains papa.»

 

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